Imprimer
PDF

La Fourmi et la Cigale

Écrit par Ceothar. Posted in Textes d'auteurs - Poésie

(5 votes, moyenne 4.60 de 5)

La Fourmi et la Cigale

Elle pleurait et sous ses larmes c’était la candeur des flocons qui se dissipait.

J’errais sans but ni volonté, bras ballants, loin de ce corps glacé pourtant mien. Et je souriais.

Vains sanglots, ils m’étaient indifférents, juste une illusion, faute de sensation. Ils ne réussissaient à peine qu’à glisser le long de cette défense que je m’étais imposé. Je lui susurrai froidement ces mots qu’elle n’aurait jamais voulu entendre et dont j’étais pourtant, si fier.

« Pleure donc, tu es belle ».  Les tremblotements s’accentuaient alors, et la neige perdait son éternel vêtement un peu plus.  Le rythme m’emportait, je l’admets, béant d’admiration, je me retrouvais, égrenant mon temps, à vibrer dans cette parfaite musicalité. Je dansais presque dans le vent de l’Hiver, passionné par ce leitmotiv incisif, heureux simplement de ces accords irréprochables. Oh que je les aimais, ces martèlements de larmes sur ce sol enneigé. De ses larmes.

J’avais tort.

Aujourd’hui, son fardeau s’ajoute au mien et je regrette que cet amour eut l’amer comme partage. Je l’ai consommé et maintenant elle me consume. Futile prédateur en quête d’une proie placide que j’étais, me voilà méprisé parce que je croyais de plus immuable : moi-même

J’avais tort.

La Fortune aurait-elle effleuré ce manteau immaculé, l’indicible aurait été enrayé. Trop ébloui par cette blancheur, sans doute, je n’ai rien vu. Aveugle du temps, aveugle des sentiments, aveugle d’égoïsme. Je l’aimais. Et me souviens encore de ce regard, de ce soupçon d’innocence. Même pas un mot et je savais ce qui devait être. La nuit a exploité au sein de ses engeances songeuses les ressources de mon ardeur glacée. Les jours ont passé, les heures ont défilé et j’osais à peine de rendre compte de l’échec de ma retenue. Cependant je rêvais. Rêver, danser avec une réalité parfait par les meilleures impressions. Virevolter dans le souffle du trouble et s’adonner au plaisir de la déformation. Désormais, ce rêve est révolu.

Je pourrai crier que je regrette, je pourrai divaguer dans l’indécence. J’étais froid, j’étais idiot. Ainsi, j’avais tort.

La voilà partie, éclipsée, fondue et disparue. Simple et pure fatalité. Et j’entends sa voix, la folie m’atteignant, qui me raille en me murmurant fébrilement « Pleure donc maintenant ».

 

 

La Fourmi et la Cigale

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir