Une vie de Faussaire, Adolfo Kaminsky, Sarah Kaminsky
Les premières phrases de la quatrième de couverture sont vraiment impressionnantes, ce sont les phrases fortes de ce roman haletant :
Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront…
Dans ce livre extraordinaire, Sarah Kaminsky nous raconte la vie de son père Adolfo qui fut un faussaire de génie pendant plus de trente ans. Cette jolie jeune femme trentenaire n’est pas seulement comédienne, elle est également un auteur remarquable et pour son premier livre, elle a réussi à trouver le ton juste et à faire revivre au lecteur la tension que son père a vécue pendant tant d’années. Cependant la vie d’Adolfo Kaminsky est tellement étonnante que le style littéraire importe finalement moins que les événements.
Au début de la Deuxième Guerre mondiale, Adolfo Kaminsky, jeune Juif au nom polonais, mais de nationalité argentin, a dix-sept an. Il est teinturier à Vire, en Normandie. Ses connaissances des couleurs et son goût pour la chimie l’amènent presque par hasard à fabriquer de fausses cartes d’identité pour les Juifs menacés d’arrestation.
Rapidement, il se révèle très doué dans cet art si bien qu’il est très sollicité. Usant de subterfuges étonnants, plusieurs fois en danger, il est sauvé in extremis du camp de Drancy grâce à son passeport argentin. Après de nombreuses péripéties que je laisse aux lecteurs le soin de découvrir, il parvient à traverser la guerre en passant à travers les mailles du filet.
Après la guerre, beaucoup se souviennent de lui et à nouveau, connaissant son amour de la liberté et son désir de toujours défendre le petit face à l’oppresseur, il est très sollicité pour toutes les bonnes causes. En 1948, il refuse de partir en Israël comme plusieurs de ses compagnons, car, selon lui, un État ne doit pas être fondé sur une religion, mais doit rester laïque. Pour Adolfo, les Juifs et les Arabes doivent vivre ensemble dans la plus parfaite égalité. Ce n’est pas seulement une idée en l’air pour faire bien
comme en témoigne la suite de sa vie en Algérie.
Il œuvre ainsi indirectement dans nombre de conflits, de l’Algérie à la Grèce, en passant par l’Amérique du Sud et l’Espagne. Afin de toujours rester libre de ses choix, il refuse certains travaux qu’il trouve contraires à ses idéaux. Il refuse systématiquement de se faire payer pour ces nombreux faux papiers, et pour subvenir à ses besoins, il travaille le jour comme photographe et la nuit comme faussaire. En 1968, il fait fabrique même une fausse carte d’identité pour Daniel Cohn-Bendit. Ce n’est qu’en 1971 qu’il décide de se retirer de ce « métier » de faussaire pour vivre enfin une vraie vie d’homme libre.
Sarah Kaminsky nous fait découvrir qui fut cet homme remarquable avant d’être son papa
.
À lire d’urgence !
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