Toute passion abolie, Vita Sackville-West
Bien qu'écrit en 1931, Toute passion abolie de Vita Sackville-West est d'une modernité surprenante. Une belle écriture, sobre mais forte, se met au service du traitement de sujets graves : la mort, la vieillesse, les transmissions (d'héritage, mais de bien plus encore), les enfants, les amours, les rêves jetés aux oubliettes des convenances.
Je suis presque certaine que vous allez vous penser que ça commence mal. Si la quatrième de couverture avait présenté ces arguments, je ne suis pas sûre que j'aurais ouvert ce livre. J'aurais eu tort. Je vais donc essayer de vous donner l'envie de lire ce texte.
Et pour celles et ceux que toutes les questions traitées angoissent, je vous assure que ce roman n'est ni morbide, ni sinistre, ni plaintif, ni... Il est tonique, revigorant. En ce qui me concerne, j'ai eu l'impression que Vita était entrée dans mon cerveau et parlait à ma place. Enfin presque. Le roman se divise en trois parties et a pour personnage central Lady Slane. La couleur picturale est celle de Constable.
Première partie
Lady Slane, quatre-vingt-huit ans, vient de perdre son mari, quatre-vingt-quatorze ans. Lord Slane a été vice-roi des Indes et ministre en Angleterre. Le couple a donc vécu et voyagé dans les pays de l'Empire britannique. Alors qu'elle veille son mari, ses enfants (quatre garçons, dont trois ont une épouse, et deux filles) la soixantaine bien passée se demandent ce qu'ils vont faire de « mère » qui est si merveilleuse. On les voit à travers les yeux d'Édith. Le tableau de groupe est sinistre et ce n'est pas dû au fait qu'ils viennent de perdre leur père. Ils sont gris, intéressés, médiocres.
Et l'on verra que c'est bien comme ça que leur mère les voit.
Les enfants décident qu'ils assureront la garde de leur mère à tour de rôle. « Ils n'envisageaient donc pas qu'elle puisse avoir des idées personnelles et qu'après ces années de présence tendre et discrète parmi eux, elle les surprenne en leur occasionnant quelque problème. » (p.19)
Coup de tonnerre. Trente ans auparavant, Lady Slane avait repéré une maison à Hampstead. Elle est certaine que cette maison l'attend, veut la visiter, s'y installer, sans enfants, ni petits-enfants. Elle ne garde que Genoux, sa vieille gouvernante française. Elle se débarrasse de tous ses bijoux. Monsieur Bucktrout, le propriétaire toujours vivant, est âgé lui aussi. Ces deux-là vont s'entendre comme larrons en foire.
Il y a de très jolis passages sur ces maisons dont chacun d'entre nous rêve, rêve qu'il y en ait une qui nous attende quelque part et comble nos vœux.
Deuxième partie
Lady Slane est installée dans la maison de ses rêves avec Genoux. Ses enfants ne viennent que rarement, ce qui la satisfait.
« Adossée à la mort, elle pouvait enfin contempler sa vie. Et pendant ce temps l'air vibrait du bruissement des abeilles. » (p.109)
Et l'on apprend que lorsqu'elle était jeune fille, Lady Slane, Déborah, voulait devenir peintre. Le poids de la société, des convenances... briseront ce rêve. Elle ne sera pas peintre, mais épouse de et mère de.
Un ancien amour revient frapper à sa porte. Et je vous assure que tous ces ancêtres sont bien crédibles, bien réels. Qui sait quels rêves sont cachés dans les esprits de nos vieux à nous ?
Troisième partie
Cet ancien amour meurt et lui lègue un héritage. Un dernier piège dont elle va se débarrasser. Et la transmission, la vraie, se fait avec son arrière-petite-fille qui s'appelle aussi Déborah. Cette Déborah-là veut devenir musicienne. Elle vient chercher auprès de son arrière-grand-mère la force de réaliser son rêve. Nul doute qu'elle le réalisera. La première Déborah, Lady Slane, peut mourir. Elle a passé le flambeau. Une autre femme, une autre « elle », s'est mise debout.
Voilà un résumé qui ne rend compte que médiocrement de la richesse de ce roman optimiste et consolateur.
J'espère que vous lirez, j'espère que vous aimerez.
Danièle.
Présentation de l'éditeur
"En un éclair lady Slane sentit que le puzzle éclaté de ses souvenirs venait de se reconstituer. Elle se retrouva sur la terrasse de la villa indienne désertée. Elle appuyait ses bras sur le parapet brûlant, faisant pivoter lentement son ombrelle. En fait, elle se tenait ainsi pour dissimuler son trouble car elle venait de se retrouver à l'écart de tous avec ce jeune homme à ses côtés". Le jour même de la mort de son mari Henry Holland, comte de Slane, lady Slane décide de vivre enfin sa vie. Elle a quatre-vingt-huit ans. Lady Slane surprend alors son entourage en se retirant à Hampstead. Dans sa nouvelle demeure, toute passion abolie par l'âge et le choix du détachement, lady Slane se sent libre enfin de se souvenir et de rêver.
- 220 pages
- Éditeur : LGF (7 janvier 2009)
- Collection : Le Livre de Poche Biblio
- Langue : Français
- ISBN-10: 2253126276
- ISBN-13: 978-2253126270
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