Room, Emma Donoghue
Il faut oser entrer dans cette chambre, ce n’est pas un séjour sans risque. Quand le lecteur en sort, il ne sera plus le même. La chambre non plus.
Jack, un petit garçon, s’apprête à fêter son anniversaire. Il a cinq ans et vit avec sa maman. Il vit avec sa Maman dans une chambre en compagnie de Petit Dressing, l’endroit où il dort quand Grand Méchant Nick ne vient pas rejoindre sa mère. Il y a également Monsieur Lit, Madame Lucarne, Monsieur Tapis, Monsieur Thermostat, Monsieur Rocking-Chair, Madame Couette, Madame couverture, Monsieur Miroir, Madame Table et Madame Baignoire. Il y a aussi Grande Cuillère Fondue, Monsieur Évier, Mademoiselle Brosse à dents, Monsieur Séchoir à Linge, Madame Porte et Madame Télé.
Monsieur Mur-Côté-Porte se trouve sous Madame Étagère.
Afin que Madame Télé fonctionne correctement, il faut tourner doucement Lapinot l’Antenne.
Grand Méchant Nick se charge de vider Madame Poubelle.
Maman a bien organisé la vie dans la chambre. Il y a le jour où l’on fait du ménage, le jour du bain, le jour du sport.
Il y a surtout un rituel important
« Oh ! J’ai oublié que je prends toujours mon Doudou-Lait quand je me réveille.
– Tant pis. On pourrait peut-être s’en passer de temps à autre, maintenant que tu as cinq ans, non ?
– Jamais de la vie ! »
Alors Maman se couche sur le côté blanc de Madame Couette, moi aussi, et je bois tout plein de Doudou-Lait.
Parfois, un événement vient rompre les rythmes du quotidien. Par exemple, Petite Araignée a tissé sa toile entre le pied et l’aplati de Madame table.
Petite araignée existe en vrai. Je l’ai vue deux fois. … je ne parle pas de Petite Araignée à maman. Elle enlève les toiles, elle dit qu’elles sont sales mais moi je trouve qu’elles ressemblent à des fils d’argent extrafins. … C’est bizarre d’avoir un secret rien qu’à moi et pas à Moi-et Maman. Tout le reste est à nous-les-deux. Mon corps, je crois qu’il est à moi comme les idées dans ma tête. Mais mes cellules sont faites avec ses cellules alors c’est un peu comme si j’étais à elle. Et aussi quand je lui dis mes pensées et qu’elle me dit les siennes, nos idées de chacun se mélangent dans nos deux têtes comme si on coloriait au crayon bleu par-dessus le jaune pour faire du vert.
Dans la chambre où vivent Jack, sa maman et tous ces messieurs-dames objets, maman a accroché des reproductions avec des épingles.
Il y en a une pour accrocher Chefs-d’œuvre de l’art occidental n°3 : La vierge à l’Enfant avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste derrière Monsieur Rocking-Chair ; plus une pour Chefs- d’œuvre de l’Art occidental n°8 : Impression soleil levant qui est à côté de Madame Baignoire ; une autre pour la pieuvre bleue et encore une autre pour le cheval fou qui s’appelle Chefs-d’œuvre de l’art occidental n° 11 : Guernica. Les chefs d-œuvres, on les a eus dans le paquet de farine d’avoine, mais c’est moi qui ai fait la pieuvre…
La première fois où j’ai mis les pieds dans cette chambre, j’ai fait un petit tour et j’en suis vite ressortie, un peu angoissée. Par chance, j’avais le code pour ouvrir la porte et retrouver ce dehors que le petit Jack ne connait pas. Il n’en connait que des bribes, grâce à Madame Télé. Mais ce ne sont que des images.
Les femmes sont pas pour de vrai et ni les petites filles et ni les petits garçons. Les hommes non plus, sauf Grand Méchant Nick mais je suis pas sûr qu’il existe en vrai de vrai. Peut-être juste à moitié ? Il rapporte les provisions et les cadeaux du dimanche et aussi il fait disparaitre les déchets mais ce n’est pas un humain comme moi et Maman. Il vit que la nuit, comme les chauves-souris. Peut-être que Madame Porte le fait apparaitre quand elle dit bip-bip et que l’air est plus pareil. Je crois que Maman n’aime pas parler de lui, ça pourrait le rendre plus vrai.
Il connait également un peu le ciel et les nuages grâce à Madame Lucarne, si haute perchée qu’elle ne laisse voir qu’un morceau de ciel.
Grand Méchant Nick est le seul (avec moi) à posséder le code pour entrer et sortir.
Je suis revenue dans la chambre et j’y suis restée jusqu’au bout de l’histoire.
Et j’ai fait connaissance avec deux personnages, non, deux personnes admirables. Jack et sa maman. Maman. Une quintessence de Maman.
Vous l’aurez compris, ces deux-là sont prisonniers, Grand Méchant Nick est leur geôlier. Maman a tout fait pour lui échapper, elle a même essayé de le tuer. Mais Grand Méchant Nick est le plus fort. Alors cette maman admirable, qui a connu le monde du dehors, a décidé qu’elle se garderait en vie, qu’elle garderait en vie son petit garçon né d’un viol, et qu’elle insufflerait de la vie, de la musique, de l’art et de la littérature dans cette chambre-prison.
Et Jack, le narrateur de cette histoire terrible, est un petit garçon intelligent, éveillé et cultivé.
Mais Jack grandit et pose des questions. Un jour, Grand Méchant Nick coupe l’électricité en guise de représailles. Plus moyen de se chauffer ni de cuisiner. Maman sait qu’il peut un jour ne plus revenir et les laisser mourir dans cette chambre.
Elle doit trouver le moyen de fuir. Elle va le trouver. Grâce à son courage et à son ingéniosité, grâce aussi au courage et à l’ingéniosité de Jack.
Ensuite, il faut réapprendre, pour Maman, et apprendre pour Jack, à vivre en dehors de la chambre. Ce n’est pas aussi facile qu’il y parait. Interviendront alors d’autres personnes admirables. La mère de Maman, Mamie, et Beau-Papy.
Ce roman est un récit magnifique sur l’amour maternel, la résistance à l’horreur, la volonté de ne pas laisser l’inhumain, la déculturation et la mort gagner sur la vie. C’est également un récit magnifique sur ce que Boris Cyrulnik appelle la résilience.
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