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Petite sœur, mon amour, Joyce Carol Oates

Écrit par Danièle. Posted in Résumés critiques - Romans

(1 vote, moyenne 4.00 de 5)
Petite soeur, mon amour, Joyce Carol Oates (en), Philippe Rey, ISBN-13: 978-2848761695, États-Unis.
Petite sœur, mon amour, Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates romance un fait divers, l’assassinat de JonBenet Ramsey, une petite fille de six ans et demi. JonBenet était une enfant exhibée par ses parents dans des concours de beauté pour « mini-Miss ». Qui a tué JonBenet ? L’affaire n’a jamais été résolue.

Dans le roman de J.C. Oates, JonBenet est travestie en Bliss, petite fille surdouée du patinage.

L’histoire est prétendument racontée par le frère de Bliss, Skyler Rampike, des années plus tard.

SKYLER AIDE-MOI     SKYLER JE SUIS SI SEULE ICI SKYLER
J’ai si peur     j’ai si mal Skyler     tu ne vas pas me laisser dans cet endroit horrible, dis, Skyler ?

    Neuf ans, dix mois, cinq jours.
    Cette voix d’enfant dans ma tête.

Nous, lecteurs, sommes supposés nous trouver devant le manuscrit rédigé par Skyler.

J.C. Oates s’est appliquée à donner un style au langage de Skyler. Un style également au manuscrit. Les notes en bas de page sont nombreuses et leur contenu parfois plus important que le texte proprement dit. Pourquoi pas ?

J.C. Oates pousse le travail sur la forme en proposant, à la fin du roman, une sorte de fac-similé d’un écrit de Skyler : Adieu premier amour ! Souvenirs adolescents d’un amour perdu. L’art du détail est poussé jusqu’à ce que le lecteur ait en main un manuscrit constellé de taches. Pourquoi pas ?

Voici un extrait de la quatrième de couverture :

Tous les ingrédients préférés de Joyce Carol Oates sont là : la vanité féminine, la stupidité masculine, la famille dysfonctionnelle, l’angoisse du parvenu, le christianisme de charlatan, les dérives de la psychanalyse, le vampirisme des médias, l’incompétence de la police. Pour produire en fin de compte un chef-d’œuvre hallucinant, un dépeçage au scalpel de l’âme humaine et de l’horreur ordinaire…

Un chef-d’œuvre ? Pas à mon goût en tous les cas.

Dans le roman, un personnage de pervers apporte à la maison de Bliss, en guise de cadeau d’anniversaire, des oiseaux qu’il a lui-même empaillés dans une sorte de mise en scène poétique. Seulement, l’homme est un très mauvais taxidermiste et l’ensemble sent la décomposition. Le cadeau finira -justement-, à la poubelle.

CERTAINS D’ENTRE VOUS ONT-ILS EU UN SOURIRE DE MÉPRIS hautain pour les travaux de taxidermiste amateur de Gunther Ruscha ? Animaux massacrés et difformes, fourrures grumeleuses, yeux de verre mal fixés et, honte suprême, cette terrible odeur. En dépit des efforts de Rusha (saignée, éviscération, « embaumement » et « momification ») ses animaux empaillés n’étaient que de vrais animaux peu convaincants, comparés à des animaux en peluche. Des êtres mélancoliques qui, dans la mort, étaient dépouillés de la dignité de la mort parce que leur taxidermiste n’était qu’un amateur.

Nous y sommes. Ce roman ressemble aux travaux de ce malheureux taxidermiste.

Il me semble – il est nécessaire d’être prudent quand on se livre au délicat exercice de faire une critique « négative » d’un roman qui a demandé beaucoup de travail, de documentation et d‘imagination – il me semble donc que ce roman résume tout ce que je n’aime pas dans la littérature.

Une série de « trucs » et « d’artifices » bien ficelés, certes. Une forme et un contenu qui s’apparentent à ce que le roman dénonce également : l’utilisation des enfants (entre autres) dans l’enfer tabloïd.

Pour conclure : la quatrième de couverture nous apprend que Joyce Carol Oates n’hésite pas à dénouer l’affaire. Je n’en dirai pas plus, je n’ai pas réussi à terminer la lecture de ce roman.

Mais je me pose la question suivante : Joyce Carol Oates n’a-t-elle pas fait sciemment œuvre de taxidermiste amateur, et de rédactrice pour tabloïd ? S’ils - les lecteurs, pas tous heureusement - aiment ça… je vais leur en donner !

Alors, si vous aimez ça…

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