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Les bains de Kiraly, Jean Mattern

Écrit par Renaud. Posted in Résumés critiques - Romans

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Les bains de Kiraly, Jean Mattern, Sabine Wespieser Éditeur, ISBN-13: 978-2848050669, France.
Livre Les bains de Kiraly, Jean Mattern

Les bains de Kiraly, c’est le premier roman de Jean Mattern. C’est aussi le cahier dans lequel Gabriel, le héros, choisit de se confier.

Depuis un an maintenant Gabriel s'est installé dans un petit meublé. Il occupe ses journées à déambuler dans les rues de Londres. Au hasard de ses promenades, il découvre une synagogue qu’il commence à fréquenter. Gabriel a quitté sa femme, Laura, peu de temps après que celle-ci lui a annoncé sa grossesse. Il ignore jusqu’au prénom de son fils et la honte le submerge.

« Mon fils doit savoir, d’une manière ou d’une autre » et il faut croire que le cahier lui est destiné.

 

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Jean Mattern signe avec Les bains de Kiraly un beau premier roman. C’est un texte ambitieux et sincère dont l’un des mérites - et non des moindres - est de révéler l’importance fondamentale des mots et de la langue. Un texte court, dense, sensible et intelligent qui peut parler à chacun d’entre nous.

Les révélations à la fin du texte sont surprenantes. Le lecteur tombe des nues. Mais compte tenu de la situation, pouvait-il en être autrement ? Le texte s’ouvre et se termine par cette phrase : « Un pas devant de l’autre. » C’est dire, parfois, la difficulté à avancer.

Extraits :

« A-t-elle vraiment cru que les explications viendraient avec le temps ? A-t-elle pensé – comme tant de gens – que le temps arrangerait tout ? Une des croyances les mieux partagées et pourtant sans fondements : le temps ne résout rien. Il creuse, il aggrave, il accentue. De telle sorte que même lorsqu’il n’y a pas de secret honteux, pas de faute cachée et inavouable, la moindre faille devient un fossé béant – avec le temps, justement. » (p 83-84)

« Laura, elle, a fait comme si les mots n’avaient aucune importance. Elle m’a enveloppé de son rire, de sa chaleur, de sa chair. Comme pour me dire peu importe si cela fait mal, je suis là, bientôt tu ne te souviendras plus de la douleur, là où tu me disais tu vois, j’ai mal comme toi, mais j’avance. Pourquoi suis-je incapable de vous répondre, d’être là pour vous deux, l’ami et la femme aimée ? » (p 89)

« Mais grâce à des inconnus en prière, des inconnus ignorant tout de moi, une certitude qui avait pris racine en moi à l’âge de dix ans est morte : je ne suis plus sûr que les mots soient vraiment insuffisants. Je ne sais plus. Aucun dictionnaire ne vient à mon secours. Aucun modèle n’existe pour ce que je dois apprendre à dire à la femme que j’aime. Je n’ai appris qu’à traduire. Traduire, oui, mais quoi ? Mes sentiments, mes erreurs, mes fautes, ma peur ? Comment trouver ces mots nouveaux, des mots qui ne seraient pas seulement les vocables des autres ? Des mots utiles, et surtout : les miens. Je dois les apprivoiser pour aller au bout de ce chemin, reconquérir un à un ces mots interdits, et leur sens. Donner, reprendre. » (p 93)

« Mes parents n’avaient rien à faire de mes crises de nerfs. Ce n’était pas leur affaire.
Ma mère appliquait les préceptes de mon père à la ligne. Dieu à donné. Dieu à repris. Il fallait s’y résigner. Continuer. Telle était la loi. La vie l’emporte toujours. Elle avait encore deux enfants dont il fallait s’occuper, deux enfants qui lui restaient. Il ne fallait pas leur montrer ses larmes, sa faiblesse. Ils avaient droit à une enfance sans soucis, après tout.
Elle n’avait pas compris que mon enfance s’était brisée en même temps que le corps de Marianne, sur le bas-côté d’une route sinueuse de Champagne, ce soir d’octobre. De manière irrémédiable. Elle n’avait pas vu que je ne savais pas faire. La leçon de grammaire de mon père ne me suffisait pas.
Aujourd’hui encore, je ne sais pas être celui qui reste. » (p 121)


Présentation de l'éditeur

Gabriel a bien tenté de croire au bonheur. Subjugué par Laura, il s’est arrimé à son rire et s’est employé à vivre au présent. Mais du jour où elle lui a annoncé qu’elle attendait un enfant de lui, il a pris la fuite, sans un mot...

Quand, après des mois d’errance dans Londres, il échoue par hasard dans une synagogue, les chants des hommes l’apaisent, et libèrent enfin sa parole. Il se lance alors dans l’écriture de cette longue confession, où le silence et la culpabilité dansent un vertigineux pas de deux.

De lui, de son enfance solitaire, de sa sœur aînée fauchée par un chauffard ivre, de ses parents murés dans leur deuil, de leur refus de rien lui révéler sur leur passé, il n’a jamais pu parler, ni à Laura, ni à son ami Léo. Jamais il n’a pu exprimer la vérité de ses sentiments. Et, si des mots il a fait son métier, c’est pour traduire ceux des autres, barricadé derrière une montagne de dictionnaires.

Quand, à la faveur d’une rencontre des traducteurs de Thomas Mann en Hongrie, une clef de son passé lui est révélée dans un cimetière de Budapest, ses souvenirs se bousculent : les phrases murmurées par ses parents dans une langue étrangère, la saveur de la cuisine magyare, la fascination pour la littérature de la Mitteleuropa qu’avait su éveiller en lui le vieux libraire du pays champenois où il a grandi...

Évoquant le désarroi existentiel et sentimental de cet homme fragile livré à lui-même, Jean Mattern écrit avec des accents justes et mesurés un lumineux roman des origines.

L'auteur

Jean Mattern est né en 1965 dans une famille originaire d'Europe centrale. II vit à Paris avec sa femme et ses trois enfants et il travaille dans l'édition. Les Bains de Kiraly est son premier roman. 

  • Broché: 133 pages
  • Editeur : Sabine Wespieser (25 août 2008)
  • Collection : LIT FRANCAISE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2848050667
  • ISBN-13: 978-2848050669

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