Le nid du serpent, Pedro Juan Gutiérrez

En lisant Le nid du serpent de Pedro Juan Gutiérrez, j'apporte ma contribution à la rentrée littéraire de la librairie. Au moment de faire notre choix de lecture pour l'été et alors que j'hésitais à choisir un livre, voire même à en prendre un, on m'a mis celui-ci entre les mains.
Après lecture du roman, je me dis que peut-être est-ce parce que je n'ai pas conspué M. Houellebecq, écrivain pour lequel j'éprouve une inavouable forme d'admiration. J'ai donc pris le livre avec plaisir, même si cela a été à moitié ma décision et c'est bien ainsi !
Je me souviens de l'introduction de Sylvie à propos de l'écrivain Pedro Juan Gutiérrez. Elle a expliqué que l'auteur, notamment dans La trilogie sale de la Havane, dépeint et critique la société cubaine de l'intérieur. Il est assez mal vu pour cela. Après tout, estiment certains, s'il ne se plait là où il est, personne ne le retient. Dans la pratique, tout n'est pas aussi simple et, puis avouons-le, il semble épris de son île.
Par de chaudes journées d'été, j'ai donc ouvert ce livre dépouillé, uniquement de papier blanc et d'encre noire, marqué de la mention "épreuves non corrigées". Je me suis dit que tous les livres devraient être à l'image de celui-ci, neutre : le texte uniquement et la couleur dans les mots. Par de chaudes et ensoleillées journées d'été, j'ai lu Le nid du serpent et je l'ai posé à chaque fois avec regret. C'est un roman à deux cents à l'heure qui vous aspire, vous scotche littéralement. Un roman d'initiation dans lequel Pedro, âgé de quinze ans, découvre la sexualité au début de l'aire Castro dans une société cubaine en décomposition. Disons-le tout de suite, le sexe est omniprésent dans le roman et les descriptions, au parfum de vécu, sont de nature à en décourager plus d'un(e). Toutefois, peut-être le lecteur persévérant verra-t-il au file des pages le miracle s'accomplir et captera-t-il en filigrane des aventures de Pedro quelque chose du goût de Cuba pendant ces années : musique, magie, hallucinations.
Pedro Juan Gutiérrez décrit la perte des repères, la désorientation d'un peuple, la dérive et le naufrage lent, visqueux, irrémédiable d'une nation. Certains passages sont de véritables scènes de fin du monde, de fin de civilisation. Alors l'écriture se tort et naissent des images surréalistes provoquant chez le lecteur des émotions inconnues et des réminiscences étranges, primitives, animales. Les aventures de Pedro sont un prétexte pour se livrer in situ à une analyse chirurgicale de la société cubaine au travers de personnages pittoresques, authentiques, parfois attachants. On y lit leurs attentes, leurs aspirations, leurs désillusions. Ainsi, nous donne-t-il à voir l'ancienne société, celle d'avant la révolution, et la nouvelle déliquescente... No future, telle est la devise dont pourrait se revendiquer la jeunesse cubaine et toute la société par la même occasion. Pourtant jamais l'auteur ne porte de jugement. Il ne fait que décrire ou fantasmer. Sous le masque de Pedro, double littéraire de l'auteur, nous lisons des réflexions sur sa propre conception de la littérature et de l'écriture. Au cours de ces passages, il se livre entièrement et donne les clés de son œuvre.
Au final, Le nid du serpent est un roman foisonnant, halluciné et authentique. A vingt ou vingt et an, le héros a beaucoup vécu ! Mais à aucun moment le récit ne donne l'impression d'être faux, inventé. Exaltant et dépaysant. Pedro Juan Gutiérrez est un écrivain entier et sans concessions. Cuba nu.
Extrait
"Tandis que je lisais de cette manière chaotique, arbitraire et désespérée, j'ai compris peu à peu à quel point l'écriture est un exercice diabolique. Le genre d'écriture qui m'attirait, en tout cas. Il faut faire jaillir la rage et la folie, mais avec naturel, sans que cela ressemble à de la littérature, justement. Il faut que cela soit spontané, en apparence. Il faut construire un monde particulier, puis se dépêcher de faire disparaître l'échafaudage. (...)
Peu après, à dix-huit ans, j'ai très bien vu que mon écriture n'aurait jamais pour but de plaire ou de divertir. Elle ne ferait jamais passer un agréable moment à un public bienséant, pusillanime et blasé. Au contraire : pour ces gens-là, mes livres seraient une épreuve, parce qu'ils secoueraient leurs certitudes et leurs bonnes manières. Ils allaient me détester."
Nous voilà prévenus !
Présentation de l'éditeur
« Je vis parmi les poètes, les lesbiennes, les peintres et les musiciens, les troubadours et leurs guitares, les alcooliques et les drogués, les putes et les fous. En pleine décadence, quoi. L’abolition du bourgeois. L’enfer. » Dans le Cuba délabré des années soixante, coincé entre désir de liberté et volontarisme castriste, un jeune garçon fait l’apprentissage de la vie. Le sexe, la violence, mais aussi la soif de culture et le désir d’écrire vont constituer le matériau d’une œuvre à venir, unique et fulgurante. Celle de Pedro Juan Gutiérrez, un des plus grands écrivains cubains contemporains.
Biographie de l'auteur
Né en 1950 à Matanzas, Pedro Juan Gutiérrez est l’auteur de Trilogie sale de La Havane (2001), Animal tropical, prix Alfonso Garcia-Ramos (2002), et Le Roi de La Havane (2004), tous publiés aux éditions Albin Michel.
- Broché: 286 pages
- Editeur : Albin Michel (14 août 2007)
- Collection : LITT.GENERALE
- Langue : Français
- ISBN-10: 2226179674
- ISBN-13: 978-2226179678
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