Le club des policiers Yiddish, Chabon Michael
Les critiques annonçaient un polar loufoque… De fait, l’univers décrit est étrange : dans ce livre les juifs n’ont pas obtenu le droit de vivre en Terre Promise en 1948, et sont donc installés depuis soixante ans… en Alaska ! L’intrigue se déroule deux mois avant la rétrocession du territoire aux Américains, et la plupart des personnages ne savent pas ce qu’ils vont devenir. Cela crée incontestablement une ambiance propice au spleen…
Au sein de ce cadre général, un flic bien entendu cabossé par la vie enquête sur le meurtre d’un jeune juif doué pour les échecs et héroïnomane. Il est assisté par son meilleur ami et partenaire, un policier tiraillé entre ses ascendances juives et indiennes. Il s’avère que le jeune assassiné aurait pu être une sorte de Messie attendu par les « chapeaux noirs », groupe traditionaliste respectant les règles à la lettre.
Si Michael Chabon excelle à décrire un monde entièrement sorti de son imagination, avec ses villes, ses habitudes, son histoire, dans ce district de Sitka qui n’est en rien adapté à sa population juive déprimée, il est revanche moins à l’aise dans le déroulement de l’intrigue. Souvent confuse, elle fait appel à des ressorts de la culture juive qui sont souvent un peu mystérieux pour le lecteur « Gentil ». Comme c’est devenu une habitude dans trop de polars, le personnage principal finit par être impliqué personnellement dans l’intrigue, ce qui constitue une « astuce » narrative bien banale aujourd’hui.
Cependant, la narration est rythmée, l’auteur nous emmène dans des situations inattendues et cocasses, les personnages sortent de l’ordinaire… Le texte émaillé de mots yiddish est plein de comparaisons étonnantes, de descriptions décoiffantes, tout ceci compense les défauts de l’intrigue, et donne un réel plaisir de lecture.
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