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Le Combat des Trente, Serge Filippini

Écrit par Danièle. Posted in Résumés critiques - Romans

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Le Combat des Trente, Serge Filippini, Archipel, ISBN-13: 978-2809803778, France.
Couverture Le Combat des Trente, Serge Filippini, Archipel, ISBN-13: 978-2809803778

Un dessin de Victor Hugo figure à juste titre sur la couverture. L'écriture du Le Combat des Trente est à la hauteur de celle de Notre-Dame de Paris. Les personnages y sont aussi flamboyants, aussi attachants. Roman d'histoire-fiction, de réflexion philosophique et religieuse, il nous parle du danger que l'homme est pour lui-même, de sa quête de spiritualité, des ses rêves de concorde et de bonheur.

Nous sommes en 2100. L’Europe, la France et Paris vivent sous le règne de la Furnace.

La Furnace ? Le résultat de la bêtise des hommes, de catastrophes naturelles et d’attentats.

Si l’Europe avait été jadis un paradis, elle était habitée désormais par des survivants qui parlaient de leur existence en la nommant la « Furnace », terme forgé exprès pour exprimer l’idée d’une chaleur humide, étouffante, chargée d’angoisse…

La possibilité d’un avenir se joue lors d’un combat. Le Combat des Trente, en écho à celui qui se déroula en 1351 en pays Vannetais. Trente « assassins » commandés par Angst, le Lèpra, vont affronter trente « commandés » menés par Rob, touché par la grâce et qui rêve de réconciliation. Le combat a lieu à Tolbiac, sur la dalle entre la Tour Noire et la Tour Blanche. Rob et Angst, frères ennemis du clan des Montsouris s’affrontent dans une lutte sans merci. Pour le contrôle de l’eau, pour le pouvoir, pour la possession d'Asha.

- Nous aurons une grande famille qui détiendra la clé des Réservoirs, poursuivait Rob. Le clan Montsouris renaîtra. Et il fera renaître Paris. Paris fera renaître notre civilisation. Notre civilisation fera renaître l’Europe.

Chose, un storitelli réussira à quitter cette Europe anéantie. Bien des années plus tard, devenu moine, il se fait le témoin et le chroniqueur de cette épopée émaillée d’histoires merveilleuses ou terribles, et de sortilèges.

Le Dashiki me déposa en Afrique du Sud où j’achevai de grandir dans une école de tradition britannique, aux frais du gouvernement et de l’aide internationale….Où que l’ont soit, sur quelque théâtre du monde, les armes existent pour protéger l’esprit comme l’esprit existe pour protéger les armes. Les deux vont de pair, tels le jour et la nuit. On ne saurait concevoir un univers où ces forces ne s’embrassent – et peut-être n’ont-elles qu’une seule et même origine. C’est pourquoi il faut choisir l’un ou l’autre côté.

Avant le Combat des Trente, combat sanglant et raconté d’une plume de maître, il importe de remonter dans le temps.

Paris, en proie aux bactéries et dévorée par une végétation galopante, n’est plus que ruines et décombres. De la tour Eiffel décapitée par un missile, il ne reste qu’un squelette. Des hordes d’enfants assassins, d’adultes revenus au rang de bêtes sauvages, des guenilleux et des béquillards errent, pillent et violent.

Les mots fondateurs d’une culture – famille, musique… – ont disparu.

Mais, dans l’ancien monastère des Bernardins en ruine, un homme à la recherche de Dieu résiste. Le Vicaire n’a pas renoncé à faire revenir un peu d’humanité dans ce monde dévasté. On lui prête des pouvoirs merveilleux. Grâce à son manteau noir, brodé de soie et sur lequel la légende « Dieu te guérisse » est inscrite, il guérit les maux de ceux qui viennent l’écouter.

Le Vicaire recueille les enfants échappés à la mort à laquelle leurs mères les abandonnent. Il leur apprend à lire et à écrire. Ces enfants, les storitelli, vêtus de pristines toujours blanches servent Le Vicaire et l’accompagnent dans ce qui reste de la cathédrale de Notre-Dame.

Au fond de l’île de la Cité, la rosace de Notre-Dame regardait le couchant comme un œil invincible. Le fait tenait peut-être du prodige, mais c’était un fait : la cathédrale était toujours debout avec sa flèche pointée vers l’infini, ses chapelets de chimères sous les faîtages, sa galerie des Rois et son balcon de la Vierge. Et même si les trois doubles portails de l’entrée avaient disparu, même si les pillages avaient eu raison de tous les trésors sacrés de l’église, sa forêt de colonnes intérieures était sauve, tout comme sa chaire sculptée de saints.

Chaque jour, Le Vicaire accompagné des storitelli se rend à Notre-Dame pour y raconter à voix basse des histoires de bonté. Son mot préféré est bénévolence. Le Vicaire n’a pas renoncé à l’espoir d’un retour de Dieu. Ce dernier fera son apparition sous la forme d’un vautour à tête blanche, survolant le récit, survolant Neuilli, survolant Le Combat des Trente, ou perché sur une turbolienne.

Un peu plus loin, sur l’île de Neuilli, des hommes et des femmes groupés sous l’autorité de Princesse Tite David ne forment pas une horde, mais une tribu.

Eux employaient encore le mot « famille », par exemple, et nommaient les principaux liens de parenté. Ils abhorraient l’inceste, le viol et la pédophilie, se mariaient, fêtaient les naissances et portaient en procession jusqu’à l’extrémité orientale de l’île, pour les noyer dans le courant du fleuve, leurs morts ligotés dans des branches et des fleurs séchées.

Princesse Tite David dit le bon et le mauvais – qu’elle appelait le propre et le sale.

Princesse Tite David veille sur sa petite fille Asha.

Grâce au Messager de Paris, le seul à monter à cheval, des contacts ont été pris avec Rob Montsouris. Une union est envisagée pour fonder, elle hésitait sur le mot. Une lignée ? Une maison ? Une culture ? Une nation ?

Protégée par Arcadi, puissant de taille et de corpulence, et dont le front était ceint d’un bandeau de cuir qui retenait, incliné sur sa tempe, un poignard, Asha entreprend le voyage jusqu’à La Tour Blanche pour y rencontrer Rob Montsouris.

Plusieurs personnages hauts en couleurs vont jouer leur partie dans ce récit aux accents guerriers. Ils seront tous présents lors du combat, sous le regard du vautour qui paraît protéger les assassins.

Heulin le violonard, qui joue de la musica et refuse qu’on le tutoie.

Il joua un moment les yeux fermés.

- Cette musica, reprit-il, c’est nous. Tel que nous étions avant…

La femme que Rob a renoncé à violer lorsqu’il se comportait encore comme une brute. Cette femme sait faire le pain. Chaque jour elle apporte à Rob des pains gris, des promesses, que Rob, désormais couvert de cendres en signe d’humilité, distribue aux nécessiteux.

Ming, la femme médecin, qui connaît tout des plantes et sait fabriquer des onguents.

Rictiovar le sanguinaire.

Et bien entendu, Asha, le Vicaire, Chose, les trente commandés et les trente assassins, les guenilleux et les béquillards venus assister au combat.

Chose n’a oublié aucun des noms des trente Assassins ni ceux des trente Commandés. Leurs noms, mais aussi la façon dont ils sont vêtus, dont ils se comportent. Ce qu’ils pensent et ce qu’ils éprouvent. Ils sont violents, certains sont sanguinaires, ils sont tous profondément humains.

L’art militaire n’avait pas survécu davantage en Europe que les autres formes de culture. Les armées n’y étaient que bandes armées : toute leur stratégie consistait à s’entrefrapper jusqu’à l’épuisement des troupes. Le vainqueur, c’était le survivant.

Le Combat des Trente est rude, sanglant, féroce, raconté dans le détail avec une minutie glaçante.

Au regard de ce qui est arrivé au Japon, fasse le ciel, ou plutôt fassent les hommes que ce roman ne soit pas prémonitoire !

Quant à La Furnace, il semblerait qu'elle soit déjà tombée sur ce roman, mal défendu par son éditeur, et absurdement vendu comme de la littérature pour jeunesse.



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