Imprimer
PDF

La mort est mon métier, Robert Merle

Écrit par VPascual. Posted in Résumés critiques - Romans

(2 votes, moyenne 5.00 de 5)
La mort est mon metier, Robert Merle, Gallimard, ISBN-13: 978-2070367894, France
La mort est mon metier - Robert Merle

Lorsque Robert Merle écrivit ce livre, l'histoire des camps de la mort n'était pas connue comme elle l'est aujourd'hui. Nous savons aujourd'hui que les camps furent d'abord des camps de travail, que l'extermination des juifs fut décidée assez tard ; nous connaissons l'anecdote tragique de l'idée d'utiliser le terrible Zyklon B pour les gazer. De ce côté ce livre n'apprend rien au lecteur du 21ème siècle.

Par contre, l'itinéraire de cet adolescent élevé par un père à la foi rigide et un peu fanatique, qui deviendra lui-même un adulte rigide est fascinante. Dès les premières lignes on sent qu'un destin est en marche. Le garçon mal aimé est entraîné malgré lui sur une pente fatale, son avenir semble inéluctable. Et pourtant, il tente une rupture de ban !

Rudolf Lang est né dans une bonne famille allemande, son père l'élève avec rigueur et sans tendresse, persuadé d'avoir commis une sorte de péché originel dont son fils porte le poids. Il destine Rudolf à la prêtrise, alors que l'adolescent rêve d'une carrière militaire. Il fera tout pour se faire enrôler dans l'armée allemande en 1916 et consomme ainsi sa rupture avec sa famille. Puis, une chose en entraînant une autre, après des années de misère comme ouvrier, son entrée dans le parti national socialiste, un mariage un peu forcé, il deviendra l'Obersturmbannführer (commandant) d'Auschwitz et Treblinka, et mettra au point les aspects « techniques » de la solution finale.

Robert Merle 1964Que ressent Rudolf devant ce qu'il accomplit ? Rien ! Qu'est-ce qui le fait avancer, accomplir ce que chacun considère comme des horreurs ? Un des seuls plaisir de sa vie : obéir aux ordres ! Toute sa vie Rudolf a obéit aux ordres, il considère cela comme son honneur. Il est terrifiant de penser que le simple fait qu'un homme comme lui prenne plaisir à être un rouage d'une organisation bien huilée ait suffit à mener à la mort 2,5 millions de juifs. Robert Merle s'est inspiré pour ce livre du texte écrit par un psychologue américain autour de ses conversations avec Rudolf Hoess, le vrai commandant d'Auschwitz, ce qui donne encore plus de force au roman. Ecrit d'une façon linéaire, à la première personne et très centré sur la narration, le texte atteint des degrés de froideur étonnants, qui font écho à l'horreur de ce qui est raconté...

Vous comprendrez donc que j'ai beaucoup aimé ce livre, dont je recommande vivement la lecture !

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir