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La double vie d'Anna Song, Minh Tran Huy

Écrit par Danièle. Posted in Résumés critiques - Romans

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La double vie d'Anna Song, Minh Tran Huy, Actes Sud, ISBN-13: 978-2742785674, France.

La double vie d'Anna Song - Minh Tran Huy

Anna Song, « la plus grande pianiste vivante dont personne n’a jamais entendu parler » est morte en juin 2008, à l’âge de 49 ans.

Le premier article à paraître est celui de Classique magazine daté du 16 juin 2008, soit six jours après son décès. Son mari, Paul Desroche, avait créé le label Piano solo spécialement pour elle. Grâce à ce label les amateurs de musique pouvaient écouter les magnifiques interprétations d’Anna Song des plus grands compositeurs, Bach, Beethoven, Schubert, Litz, Chopin, etc.

Empêchée de paraitre sur scène à cause de sa maladie, Anna Song enregistrait “en privé”. Son mari/producteur et aussi son plus fervent admirateur avait trouvé ce moyen pour que la pianiste continue à réaliser son rêve.

 

Anna Song est morte. Toute la presse dédiée à la musique classique la pleure, l’encense, relate sa biographie et surtout loue la qualité de sa discographie. Une véritable Songmania.

Anna Song n’est pas qu’une pianiste dont l’imaginaire musical et l’époustouflante technique se recoupent à la perfection, l’une servant l’autre sur mesure, si l’on peut dire. C’est un phénomène, une artiste aussi virtuose que polyvalente, une interprète-caméléon capable d’adapter son jeu au style de chaque compositeur de telle sorte qu’en sont révélées des facettes jusque-là inconnues, y compris lorsqu’il s’agit du répertoire le plus familier » (Jean-Paul Masséna, Des mots et des notes)

Minh Tran Huy

Grâce à ces articles, grâce aussi au manuscrit qu’a rédigé Paul Desroches, le lecteur de La double vie d’Anna Song entre dans une histoire complexe où s'entremêlent trajectoires personnelles, histoire de la musique, histoire du Vietnam. La presse, abusée de façon magistrale par Paul Desroches, a fabriqué un mythe. Elle le détruira aussi. Car les disques produits par Paul Desroches ne sont pas des enregistrements d’Anna Song.

L'imposture est découverte par hasard. Jean Verne, dans le Télérama de novembre 2008, commence son article ainsi :

Le mythe d’Anna Song, pianiste devenue une véritable icône depuis son décès en juin dernier, est en passe de s’effondrer : il y a trois semaines, un lecteur nous a contactés pour nous informer d’une curieuse expérience dont il a été témoin en voulant transférer sur son iPod un disque qu’il venait d’acheter – les Variations Diabelli de Beethoven. Le logiciel iTunes, relié à un catalogue d’environ quatre millions de disques, a aussitôt identifié les titres des morceaux et le compositeur… mais en lieu et place du nom d’Anna Song s’est affiché celui du virtuose italien Mario Cojazzi !

L’Annagate vient de commencer. Et le lecteur n’est pas au bout de ses surprises. Si Paul Desroches a menti au sujet de la discographie d’Anna Song, il a également menti dans son manuscrit. Est-ce qu’on ment dans un manuscrit ? Non. On crée ou l’on recréé une vie. C’est ce qu’a fait le pseudo mari d’Anna Song.

 

Minh Tran Huy

 

La double vie d'Anna Song s'inspire d'une histoire réelle, celle de la pianiste Joyce Hatto. Le texte se nourrit également des souvenirs du pays d'origine de la romancière, le Vietnam. Le lecteur lit de belles pages sur les grands-pères d’Anna, la maison au Vietnam devant laquelle était planté un ginkgo, un cadre vide posé sur un piano. Il y a surtout de belles pages sur les deux grands-mères, celle d’Anna et celle de Paul. Musique et cuisine flattent oreilles et papilles.

Le texte fourmille de références, d'allusions qui raviront les amateurs de musique classique. À la longue, toutefois, le lecteur aura peut-être le sentiment de se faire « avoir ». Le roman aurait sans doute gagné à être ouvertement la véritable histoire (romancée) de Joyce Hatto. De même, le séjour au Vietnam ressemble par trop à un dépliant de voyage bien documenté. Les clins d’œil aux journalistes, revues, sites musicaux et autres sont aussi un peu trop appuyés.

Au final, le lecteur passe tout de même un agréable moment à lire ce texte.

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