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Charlémoi, Christine Jeanney

Écrit par Danièle. Posted in Résumés critiques - Romans

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Charlémoi, Christine Jeanney, arHsens édiTions, ISBN-13: 978-2916236063, France.

Moi aussi j’écris, comme Mauriac, mais différemment. J’utilise la même matière première, mais lui c’est comme un artisan du meuble et moi une usine à planche.

Christine Jeanney - Charlémoi

Édouard Prince est ordinaire, pugnace. Il aime les mots qu’il traque dans un dictionnaire déchiré aux coins et écrit des livres pour enfants. Ce qu’il aimerait écrire, ce sont d’autres livres, des livres pour les grands. Mais il a peur, Édouard, il a peur que ça rate, « que je me retrouve tout nu tout dépouillé tout con… »

Écrire, c’est s’imaginer être unique.

Édouard Prince ne va pas bien.

C’est vrai que je suis fatigué. Mais de quoi ? C’est problématique. De rien. Le certificat médical ne va pas être valable. Pourtant, à dire vrai, c’est bien ce rien qui me vide. Et même, des fois, ça m’anéantit.

Il a loué un chalet dans les Vosges en guise de « repli monacal », fait des promenades avec Pavlov, son chien. Son observation attentive de la nature lui fait constater que « les oiseaux n’ont pas de fesses et les souris pas de poche. »

Dans le super marché où il fait ses courses (sandwichs et croquettes), il est repéré par un gamin (prénommé Édouard, lui aussi) qui a lu un de ses livres : l’Enfant de Wakhan.

Des personnages arrivent au cours du récit. Ils ont une vie, une histoire, des pensées.

Gloria.

Elle a une mèche de cheveux blonds qui l’énerve. Elle fait des gestes mécaniques. Il est huit heures du matin, elle pense.

Elle est mariée avec Éric, et voudrait bien avoir un enfant. Elle ne supporte sa mère qu’au téléphone, son père a disparu quand elle avait huit ans. Elle croit en Dieu qui n’a pas « besoin de simagrées pour voir les cœurs justes » son travail consiste à emballer des bonbons.

Lucien.

« Il est parti pour la laisser avec ses fantômes à elle et chercher ses fantômes à lui, chacun ses affaires. » Il a une fausse carte d’identité dans sa poche droite. Il « travaille de la tête ».

Charles.

Charles et moi, c’est plutôt Charlémoi parce que nous est un…

Charles, le frère jumeau d’Édouard est mort. Il est tombé d’un toit.

J’ai repris mon vélo pour prévenir maman, elle ne sait pas qu’elle va être coupée en deux comme moi, comme papa…

Voilà, nous y sommes. Et malgré cela, la vie continue. Mal, mais elle continue.

Une lampe.

Chez Eli Marichal, une lampe donne un avis plutôt moqueur sur le père d’Isabelle, un artiste, un peintre.

Lui là, il ne sait faire qu’un trait, horizontal et noir, c’est tout ; vous parlez d’un artiste.

Tous ces personnages sont les pièces d’un puzzle dont l’image reconstituée s’opère au fil du récit.

Christine Jeanney a bien maîtrisé cette architecture parfois déroutante. Elle va au fond des vies et au fond des âmes qu’elle explore avec tendresse, avec férocité parfois. Le présent s’explique par le passé, le présent est fait du passé. Et c’est bien à ce travail de déconstruction-reconstruction auquel Édouard doit s’attaquer avec des mots, avec des phrases.

Charlémoi est un beau plaidoyer sur les mots, sur la difficulté d’écrire, sur la peur de faire « des phrases tartes », c’est également une réflexion subtile sur l’écriture qui peut être un outil thérapeutique.

J’ai aimé tout particulièrement Gloria, une sorte de Mrs Dalloway de la classe ouvrière.

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