Dans un pays de Cocagne, Jean-Guy Henckel
Quand on sème l’utopie on récolte la réalité.

L'histoire qui suit pourrait commencer par « Il était une fois...
»
Dans le village de Chalezeule, près de Besançon, un éducateur spécialisé travaillait dans un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS pour les initiés). Ses collègues et lui-même prenaient en charge toute une armée d’hommes malmenés par la vie, la société, le destin... Nous sommes à la fin des années quatre-vingt. Les “trente glorieuses” sont terminées. La “fracture sociale” s’élargit.
Cet ancien “soixante-huitard” n’avait pas jeté ses idéaux aux oubliettes. Il voulait restaurer une certaine idée de la solidarité. Mieux, il voulait inventer une nouvelle façon de l’exercer qui serait digne, et respectueuse des gens. Il n’était pas question de faire la charité, mais de proposer du travail.
Le CHRS était dans un village dont certaines terres étaient à l’abandon. Dans la ville toute proche, il y avait des personnes soucieuses de solidarité et qui en avaient assez de mal manger. Réfléchissons, se dit Jean-Guy Henckel. Il mit les terres non cultivées dans un panier, y ajouta les citadins soucieux de solidarité et les personnes qui avaient besoin de travailler. Il secoua le tout et consulta François Plassard, un bon « génie rural
», qui le transporta aux Jardins de Cocagne à Genève. Eurêka ! se dit Jean-Guy. J’ai trouvé. Je ferai un jardin de Cocagne à Chalezeule, j’y ferai travailler des femmes et des hommes qui ont besoin de travailler, mais « je refuse de donner un travail de merde à des gens qui sont dans la merde ». Nous ferons de l’agriculture bio et nous vendrons des paniers à des abonnés qui, eux aussi, ont envie de « cultiver la solidarité
». « Cultivons la solidarité !
» sera notre mot d’ordre, notre profession de foi.
Jean-Guy Henckel se mit en marche pour défendre son idée. Il fit un peu rigoler. Personne n’imaginait qu’on pourrait mettre aux champs ces “exclus” de la société. Jean-Guy n’étant pas paysan, qu’est-ce qu’il y connaissait à l’agriculture bio ?
L’homme était tenace, aussi tenace que ces paysans qui s’échinent à faire pousser du bon blé là où il n’y a rien. Il creusa son sillon. Il lui fallut combattre bien des idées reçues, mais ici et là, dans les administrations souvent tatillonnes, chez « les politiques
» parfois frileux. Il rencontra des personnes de qualité. Ensemble ils prirent l’anse du panier maintenant rempli de graines. Il ne restait plus qu’à les planter, à en prendre soin, à les voir devenir tomates, courgettes, potirons, et, plus tard, fleurs.
En 1991, le premier jardin de Cocagne démarrait à Chalezeule. Tous ces beaux légumes proprement cultivés font aujourd’hui les délices des abonnés. Jean-Guy a continué à semer. Il y a aujourd’hui plus de quatre-vingts Jardins De Cocagne, essaimés dans toute la France. Une petite armée continue de cultiver la solidarité.
Jean-Guy Henckel raconte son parcours dans un livre d’entretien, n’hésitant pas à nous offrir une partie de l’histoire de sa vie, où comment l’enfant rebelle est devenu un de ces hommes qui nous font croire… en l’avenir de l’homme. Il nous parle de ces personnes dites en situation d’exclusion, puis en insertion. Il raconte comment il a créé un jardin, puis un autre encore, et encore, et comment il a fédéré le tout dans un réseau : Le réseau de Cocagne.
Deux engagements sont vraiment essentiels pour moi : l’avenir de la planète et la réduction de la pauvreté.
Achetez ce livre, lisez-le, passez-le. Essaimez, vous aussi. Vous y gagnerez un supplément d’âme. Jean-Guy Henckel n’est pas un doux rêveur, il l’a prouvé. Il est pragmatique, sa langue n’est pas de bois. C’est une belle histoire qui a besoin de nous pour continuer.
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