Photos Carole Martinez, Du domaine des Murmures
Jeudi 15 septembre, la librairie L'attrape-cœurs recevait Carole Martinez pour la sortie de son nouveau roman Du domaine des murmures.
Carole est une grande conteuse, alors ne vous attendez pas à ce que je restitue toutes les histoires qu'elle nous a racontées. J'en serais incapable, et puis vous n'aviez qu'à être là ! La soirée a débuté tranquillement à partir de 20h30 et l'écrivaine a parlé jusque tard le soir tôt le matin. Voici quelques mots et quelques photos de la soirée.
Pour commencer, il y a embargo – et c'est bien normal – sur l'intrigue par respect pour les lecteurs qui n'ont pas lu le livre. Déjà l'éditeur donnait le fin mot de l'histoire sur la 4e de couverture (si !) et l'écrivaine a du batailler (un peu) pour reformuler le texte.
Après le succès du Cœur cousu, Carole Martinez a un peu la pression pour son deuxième roman. C'est une écrivaine connue et demandée ; tout le monde attend un deuxième roman avec impatience. Elle présente son nouveau projet à Jean-Marie Laclavetine, puis à Antoine Gallimard. Ils sont enthousiasmés par l'histoire. L'écrivaine signe un contrat et demande une deadline, une date pour la livraison du manuscrit. Elle insiste. L'histoire est ambitieuse, très : sept histoires de femmes à des époques différentes dans un château, le château des Murmures. Les six premières femmes aideront la septième... L'histoire est ambitieuse et depuis un certain temps déjà l'éditeur demande à lire quelque chose. Un mois et demi avant la date prévue pour l'envoi du manuscrit, l'éditeur se fait plus pressant : il veut lire quelque chose ! Carole envoie le manuscrit par email ; l'éditeur la rappelle.
- Mais il n'y a que l'histoire de la première femme dans ce que tu m'as envoyé...
- Oui, et il me reste un mois et demi pour terminer.
- Non mais tu plaisantes Carole, tu n'auras jamais fini dans un mois et demi. On va travailler à partir de cette histoire.
L'écrivaine revoit donc ses plans. L'idée initiale n'est pas abandonnée, mais elle est revue. Il est toujours question d'une suite sur plusieurs livres autour du château des Murmures, et avec des histoires de femmes bien sûr.
Carole fait une plaisanterie très drôle, du comique de répétition, avec un titre de manuscrit, je crois. Je ne retrouve pas le titre exact, mais grosso modo il signifie Quand est-ce qu'il arrive ?, sous-entendu le manuscrit. Et ses amis de plaisanter en plaçant régulièrement le titre dans la conversation alors que le manuscrit se fait attendre.
À la suite, Carole explique comment après avoir inventé de toutes pièces le château des Murmures pour les besoins du roman, les Monuments historiques l'ont contactée pour lui demander de choisir un château parmi une centaine et d'écrire une histoire autour de celui-ci. Elle n'en revenait pas. D'emblée elle cherche un château construit par une femme. Il n'en existe que deux en France. En s'aidant d'un livre et d'un verre (voir les photos ci-dessous), elle se lance dans une description du château : les deux ailes – le livre ouvert – et la tour – le verre – joignant les deux ailes. Carole est une grande conteuse, aussi nous raconte-t-elle dans le détail l'histoire de ce château qu'une mère a fait bâtir par amour pour son fils. Celle-ci fait graver et sculpter à l'intérieur du château des témoignages de son amour maternel. Hélas, le fils décède enfant. Désespérée, elle arrête la construction ; puis finalement se ravise. L'ornementation témoigne désormais de sa douleur. Bien plus tard, le château tombant en ruine est racheté et démantelé par un investisseur. Les ornements sont vendus morceau par morceau et disséminés aux quatre coins du monde. L'entrée du château est même utilisée pour la façade d'un hôtel New Yorkais. Plus tard encore, un homme fortuné se prenant de passion pour le château et son histoire consacrera sa fortune à sa restauration rachetant au fil du temps les pièces disséminées, entrée comprise.
Parfois, explique-t-elle, on rencontre ses personnages dans la réalité. Par exemple, l'énorme fée verte, la Dame verte, avec ses longs cheveux blonds, l'écrivaine fait sa rencontre au cours d'une soirée. Celle-ci s'avère être une effeuilleuse (!) – proche avec la nature et du roman donc –, autrement dit une strip-teaseuse.
Enfin... En fait, il est question de bien d'autres choses, mais je m'arrêterai à la suite. Enfin, dis-je, il est question d'une jolie histoire, d'une légende que l'on raconte à propos de cœurs cousus. Il semble qu'il existe une tradition dans le sud de l'Espagne selon laquelle, peu avant de mourir, les femmes cousent un cœur à l'intérieur duquel, noté sur des bouts de papier, elles confient leurs secrets, ce qu'elles n'ont pas su ou pas pu dire leur vie durant et qu'elles ont gardé pour elles jusqu'à la veille de leur mort. Puis le coeur est scellé avec un fil. Le cœur ainsi cousu est conservé sous l'oreiller jusqu'au décès de la femme et ira rejoindre les autres cœurs cousus dans l'armoire familiale. Ainsi se transmet-on de mère en fille les cœurs cousus avec interdiction absolue de les desceller sous peine de malédiction. Et lorsqu’une belle-fille, une bru hérite du cœur cousu d'une belle-mère abhorrée, par respect de la tradition ou crainte de la malédiction, celle-ci ne le descelle pas pour lire les secrets, mais le jette au feu !
Après une longue séance de dédicace, car Carole est une grande conteuse, la soirée se termine dans un café autour d'une bière. J'en profite pour lui parler des thèmes communs au Domaine des Murmures et au Cœur cousu, et pour évoquer l'idée d'un domaine des Murmures et d'un domaine des murmures. Nous discutons de Vies de Job de Pierre Assouline qu'elle est en train de lire, car à la fin de la semaine elle fait une émission avec l'écrivain dans le cadre de la 33e édition du Livre sur la Place à Nancy. Les deux romans abordent le thème de la religion.
Merci à Carole Martinez pour sa gentillesse et toutes les histoires qu'elle a partagées avec nous, et merci aux libraires.
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