Imprimer
PDF

Festival America 2008 : Au Sud, des écrivains et l'Amérique latine (3)

Écrit par Renaud. Posted in Reportages - Evénements

(2 votes, moyenne 4.00 de 5)
Festival America 2008 : Au Sud, des écrivains et l'Amérique latine

Troisième partie des notes prises pendant les grands débats du Festival America 2008 que je publie sur Livres-Cœurs. (Pour en savoir plus sur les notes, lire ce billet.)

Au Sud, des écrivains et l'Amérique latine

En introduction, l'animatrice indique que l'enjeu du débat est d'essayer de dépasser le cliché de la littérature latino-américaine incarnée par Gabriel Garcia Marquez.

Selon Jordi Soler (La dernière heure du dernier jour, Belfond, traduction Jean-Marie Saint lu) l'étiquette de littérature latino n'est rien de plus qu'une étiquette marketing. « Je ne crois pas en l'idée que l'on puisse reconnaître par l'écriture l'origine de l'auteur. Pour ma part, j'ai été élevé en langue espagnole et non en Mexicain ou en Catalan. »

soler jordi, la derniere heure du dernier jour

Pour Douglas Unger (Mes frères de sang, Phébus, traduction Serge Philippini) la France est un pays d'accueil. « La ville de Vincennes est particulière pour moi. Deux frères ont disparu au Brésil en Argentine (?) et le troisième s'est réfugié ici à Vincennes. Aujourd'hui, j'ai deux nièces qui vivent ici. L'Amérique latine est en fait le territoire des États-Unis. La France occupe une place à part où l'on peut se réfugier et apprendre la culture plus qu'en Amérique du Nord [l'animatrice s'en étonne] parce qu'il y a un va-et-vient culturel. La France offre sa culture, les États-Unis la doctrine Monroe. Les États-Unis n'ont rien à offrir. » [Sous-entendu d'un point de vue culturel.]

unger douglas, mes freres de sang

Nathan Englander (Le ministère des affaires spéciales, Plon, traduction Elisabeth Pellaert) : « Je suis juif et américain... et je suis content que l'on ne m'ait pas mis sur le plateau juif ! En tant que juifs, nous sommes tous des expatriés. Écrire sur l'Argentine représentait une responsabilité. C'est une responsabilité énorme de parler de ce que les gens ont vécu, de rendre cela réaliste pour ceux qui ont vécu à Buenos Aires à cette époque. Maintenant, cette histoire est devenue la mienne. »

D. Unger : « J'ai été élevé avec cette idée de plus jamais ça. Aux États-Unis, je suis obligé d'expliquer ce qui s'est passé en Argentine en 1976 lorsque je parle de mon livre, pas dans les autres pays. Le problème aux États-Unis, c'est l'isolationnisme. »

englander nathan, le ministere des affaires speciales

James Canon (Dans la ville des veuves intrépides, Belfond, traduction Robert Davreu) rappelle que l'édition est avant tout une industrie. L'animatrice acquiesce, mais précise que ce n'est quand même pas tout à fait la même chose. On trouve des éditeurs qui font du bon travail. J. Canon poursuit en expliquant qu'en tant qu'écrivain d'Amérique latine, il avait l'impression que l'on attendait de lui qu'il écrive le deuxième chapitre de Cent ans de solitude. Son roman a été traduit en sept langues et a été bien accueilli en France et en Allemagne, mais pas aux États-Unis : « Bush et Sarkozy ne vont pas lire mon roman. »
« - Non hélas,... Je crois qu'ils ne lisent pas trop... » ironise la présentatrice. [Rires dans la salle]

Wendy Guerra (Tout le monde s'en va, Stock, traduction Marianne Million) écrivain cubain vivant à Cuba indique que les États-Unis choisissent de publier des auteurs cubains exilés aux États-Unis. « À Cuba, chaque Cubain doit savoir tirer beaucoup et bien. Les éditeurs ont peut-être peur de publier les auteurs cubains. Le fait est que je n'arrive pas à publier aux États-Unis. Je me déguise et laisse mes problèmes à La Havane pour aller aux États-Unis. La société cubaine est fermée d'un point de vue politique et elle est amorale. Lorsque qu'il y a une tempête, on vient nous chercher en camion et on nous emmène dans de grands hagards où nous dormons ensembles. Il y a aussi le travail dans les champs de canne à sucre. Tout cela créé de la promiscuité. Je suis de la troisième génération alors j'essaie d'oublier les problèmes. Mon problème aujourd'hui, c'est Madona ! »

canon james, dans la ville des femmes intrepides

Horacio Castellanos Moya (Là où vous ne serez pas, Les Allusifs, traduction André Gabastou) explique que pour ce qui est du Honduras moins de 2% des romans sont traduits. Aux États-Unis, on ne publie pratiquement que la littérature anglophone. L'écrivain est venu au journalisme pour gagner sa vie, mais il a commencé par se consacrer à la littérature. Il écrit par intermittence et cela explique pourquoi mes romans sont courts. Peu de littérature d'Amérique latine est publiée aux États-Unis, mais les écrivains lisent beaucoup cette littérature. L'écrivain évoque une colonisation littéraire. Les écrivains d'Amérique du Nord doivent beaucoup à la littérature latine pour ce qui est du roman et de la poésie.

guerra wendy, tout le monde s en va

J. Canon précise qu'en fait les Américains des États-Unis lisent ce qui est traduit. Selon lui, ils lisent, mais on ne les laisse pas faire... Il y a beaucoup d'émigrants hispanophones aux États-Unis, mais ils ne lisent pas. Ils n'ont pas la culture du livre. Mais cela change, car la nouvelle immigration est plus éduquée. Les maisons d'édition sont trop frileuses et le cahier des charges est trop compliqué, exigent. Les éditeurs ne font pas assez confiance aux lecteurs. Aussi il ne faut pas culpabiliser les lecteurs états-uniens.

L'animatrice du débat décidément acerbe relativise également : « Et en France quand on voit la liste des romans qui sont les plus lus... » [Sous-entendu ce n'est pas nous qui allons donner des leçons.] L'animatrice sait d'expérience que les auteurs n'aiment pas cette question, mais elle demande s'ils peuvent nous dire quelques mots de leurs futurs romans.

Douglas Unger - qui porte un gros badge Obama épinglé sur sa veste - explique qu'il va explorer l'attitude oppressive des riches qui dans cette posture ont remplacé les grandes forces politiques. [Effectivement, c'est un sujet très intéressant et malheureusement peut-être prometteur.]

castellanos moya horacio, la ou vous ne serez pas

Nathan Englander fait de l'humour et explique que son prochain roman va certainement parler des juifs quelque part dans le monde ! [N. Englander a grandi dans un milieu juif orthodoxe.]


Note : L'intervention de Wendy Guerra m'a remis en mémoire certains passages du roman de Pedro Ruan Gutiérrez, Le nid du serpent chroniqué ici. Pedro Ruan Gutiérrez est lui aussi un des rares écrivains cubains publiés et vivant à Cuba. Il n'a pas son pareil pour décrire la promiscuité dans les champs de canne à sucre !

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir