Photos Eric Bonnargent, Atopia, petit observatoire de littérature décalée
Jeudi 10 novembre 2011, les lecteurs ont rencontré Éric Bonnargent à la librairie l'Attrape-Cœurs à propos de son livre Atopia, petit observatoire de littérature décalée aux éditions Le Vampire Actif.
Dans le civil, Éric Bonnargent est enseignant. Assises au premier rang, d'anciennes élèves sont venus le soutenir. L'auteur est également accompagné d'amis venus en renfort. Cela se ressent dans les questions plus longues et sophistiquées que d'habitude. Il est ainsi question de « femme castratrice » et de « stade anal » sans que le lecteur comprenne bien le lien avec l'ouvrage...
L'auteur explique que les textes contenus dans son ouvrage sont principalement issus du blog littéraire « Bartleby les yeux ouverts ». L'éditeur a en effet pris contact avec l'auteur pour lui proposer de faire un livre à partir du blog. Cela explique sans doute le côté parfois hétéroclite de l'ouvrage. Le principe de l'ouvrage, rappelle l'auteur, est de laisser les textes s'exprimer sans leur faire dire telle ou telle chose, d'où les longs et intéressants extraits reproduits.
Une personne dans la salle demande pourquoi il n'y a pas d'écrivaines dans l'ouvrage. Des propositions d'écrivaines ne tardent pas à venir et il ne reste maintenant plus à l'auteur qu'à écrire le tome 2 ! Ce n'est pas la première fois que l'on pose la question à l'auteur et il admet ne pas s'en être rendu compte au moment de la réalisation de l'ouvrage. Il argue qu'il y a quand même des personnages féminins. C'est vrai, mais, lui fait-on courtoisement remarquer, ce sont tous des personnages secondaires et qui dans la plupart des cas ne donnent pas une image très flatteuse de la femme. La source de tous nos maux, c'est là qu'il faut la chercher, dans le goût perverti qu'on a pour ce trou vicieux, visqueux et marécageux : le vil vagin qui perpétue le cauchemar d'exister et salope l'univers.
(p.67) Les lecteurs remarquent également qu'il n'y a pas d'auteurs asiatiques, mais en revanche beaucoup d'auteurs latino-américains et européens, quelques américains, et enfin un russe et un africain.
À propos du Roi se meurt d'Eugène Ionesco et de L'Immortel de Jose Luis Borges, il est question de la mort, de l’immortalité et même de l'éternité ! La discussion est intéressante, mais j'ai quand même un peu de mal avec une certaine façon de « philosopher ». Il est remarquable que dans ces deux textes qui se suivent dans l'ouvrage, le premier met en scène un personnage très âgé qui ne veut pas mourir et le second des personnages très âgés, immortels, qui n'en peuvent plus de vivre et n'aspirent qu'à mourir. Joli paradoxe !
Au sujet de la littérature ambitieuse et de la littérature de masse surtout, quelques auteurs à succès sont mentionnés que l'on ne citera pas ici. Une personne dans l’assistance fait remarquer que de même qu'un menuisier qui ne travaille pas bien le bois ne peut pas être qualifié de bon menuisier ; un écrivain qui n'écrit pas bien, c'est-à-dire ne travaille pas bien la langue, ne peut pas être qualifié de bon écrivain. La réflexion semble frappée au coin du bon sens.
Lorsque l'on fait remarquer à l'auteur qu'entre l'introduction et la conclusion, on glisse de l'atopia des personnages à l'atopia des écrivains, celui-ci ne répond pas vraiment. On voit bien qu'il préférerait ne pas... Se peut-il qu'il n'ait pas lui-même noté le glissement tant il paraît naturel ? L'atopia des écrivains et des lecteurs était pourtant une question intéressante.
À propos de la distinction entre littérature exigeante et littérature de masse, lorsque l'on demande à l'auteur si la distinction est toujours aussi évidente que ça, s'il n'existerait pas un continuum entre les deux ; celui-ci répond que « oui » la distinction est toujours évidente et que « non » il n'y a pas de continuum, il y a bien la distinction entre littérature exigeante et littérature de masse. Pourtant, Fitzgerald, Balzac, Dumas, Dickens, Vernes, Simenon, etc. Une personne de l'assistance explique que c'est affaire d'époque également. Est-ce à dire qu'à l'époque des écrans et des loisirs numériques, la littérature de masse d'hier serait devenue la littérature exigeante d'aujourd'hui ? Ou bien, est-ce l'effet d'une langue et d'une culture qui sont datés et qui font que la littérature de masse d'hier serait devenue la littérature exigeante d'aujourd'hui ? Ou bien encore, est-ce du fait que, délaissée au profit de loisirs moins exigeants, la littérature elle-même serait devenue moins exigeante ? Il faut également avoir à l'esprit que la littérature de masse est une invention relativement moderne. Mais les romans de Paul Auster ou de Philip Roth, par exemple, est-ce de la littérature de masse ou de la littérature exigeante ? Faut-il comparer les deux écrivains à Douglas Kennedy (p.285) ou à James Joyce ? Toutes ces questions laissent le lecteur perplexe. Si elle est intéressante, la distinction entre littérature exigeante et littérature de masse paraît un peu binaire quand même.
Une personne dans l'assistance pose la question du style dans lequel les textes sont écrits et qui n'est pas évoquée dans l'ouvrage. Ce n'est pas tout à fait le sujet de livre qui introduit et présente des textes, mais pourquoi ne pas poser la question effectivement ? L'auteur confirme que la question du style des textes présentés n'est pas abordée dans l'ouvrage. Cela étant dit, si la question du style n'est pas abordée de façon systématique, on ne peut pas dire qu'elle soit complètement éludée non plus. C'est, par exemple, la question de la page parfaite et des blancs, des trous dans les poèmes évoqués par A.-P. Mallard. En fait, il semble que dans l'ouvrage le style soit évoqué dès lors que la question du style se pose réellement pour un texte. C'est le cas pour Les Malheureux de Bryan Stanley Johnson, par exemple.
L'auteur lit quelques passages de son texte, bien qu'il ne soit pas toujours évident de naviguer dans un livre qui présente trente autres livres. Il lit par exemple un passage dans lequel il cite un extrait de Promenades dans Rome de Stendhal et un extrait de Rome, Regards de Rolf Dieter Brinkmann afin de montrer le contraste. Et quel contraste effectivement !
Merci à l'auteur pour cette discussion et bravo à lui pour son livre très instructif, Atopia, petit observatoire de littérature décalée.
Ci-dessous quelques photos de cette soirée placée sous le signe de Bartleby.
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