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Elsa Osorio, Luz ou le temps sauvage : Rencontre

Written by Renaud. Posted in News - Encounters

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Elsa Osorio

Jeudi 14 mai les lecteurs ont eu le plaisir de rencontrer Elsa Osorio (wiki) auteure de Tango et Luz ou le temps sauvage. C'était au cours d'une soirée dédicace à la librairie L'Attrape-Cœurs.

Elsa Osorio, auteure d'origine argentine, était accompagnée de son éditeur Anne-Marie Métailié.

(En passant sur le site, j'apprends que les Éditions Métailié ont 30 ans et ouvrent pour l'occasion un blog durant l'année 2009. L'écrivain Luis Sepulveda y tient une chronique mensuelle. Je n'ai pas lu l'auteur, mais j'ai entendu dire que son texte Le Vieux qui lisait des romans d'amour mérite que l'on s'y intéresse.)

Les lecteurs ont échangé avec l'auteure à propos de son roman Luz ou le temps sauvage. Pour résumer le texte, une jeune femme raconte la quête de son identité à un inconnu, son père qu'elle vient de retrouver. Luz est née fin 1976 alors que la dictature militaire sévit en Argentine. Née en captivité d'une « subversive » (ainsi étaient nommées les personnes enlevées plus ou moins arbitrairement par la junte militaire et qui étaient présumées être proches de mouvements marxistes), elle a été arrachée à sa mère quelques jours après sa naissance. Luz a ainsi été substituée à la naissance au bébé mort né de la fille d'un dignitaire du régime et à l'insu de cette dernière. C'est le traitement que la junte militaire réservait aux femmes enceintes considérées comme des « subversives ». Après l'accouchement, celles-ci rejoignaient les hommes et femmes qui étaient passés entre les mains de tortionnaires afin qu'on les fasse disparaître au cours de « transferts ». Cela se passait en Argentine dans les années 1976-7 au plus fort des disparitions.

Pour revenir à la discussion, Elsa Osorio qui parle presque couramment le français explique aux lecteurs les péripéties de la publication. En Argentine, le texte n'intéressait pas les éditeurs. C'est un texte qui rappelle des souvenirs douloureux et dérangeants que l'on préfère taire, des histoires que l'on ne veut pas déterrer. Par la suite, l'auteure s'est exilée à Madrid. C'est en Espagne que le roman a finalement été publié en 1998 et cette édition l'a fait connaître dans toute l'Europe. Aujourd'hui, Luz ou le temps sauvage est un best-seller publié aussi en Argentine.

Osorio Elsa - Luz ou le temps sauvageL'auteure explique que peu après la publication du roman une histoire similaire a surgit en Espagne. Pour la première fois, une femme qui avait entrepris des démarches par elle-même avait retrouvé ses parents biologiques, et non l'inverse. En effet, sur les cinq cents bébés arrachés à la naissance à leur mère, seuls environ quatre-vingt-dix ont retrouvé leurs parents biologiques. Les recherches étaient menées par les parents, notamment par l'intermédiaire des grand-mères de la place de mai. Certains parents qui retrouvent des enfants enlevés à la naissance préfèrent ne pas se manifester ce qui est compréhensible. L'originalité de Luz ou le temps sauvage tient au fait que la narratrice, sur la base de son intuition et de rencontres, sera mise sur la piste de ses origines. Au bout d'un cheminement qui durera plus de vingt ans, Luz retrouve enfin son père. Dès le début du roman, nous savons que Luz est avec son père à Madrid. Le texte est le récit du cheminement jusqu'à lui depuis sa naissance, et même un peu avant.

Elsa Osorio précise également que le titre espagnol, A veinte años, Luz, a une double signification. Luz se traduit également par « lumière ». On peut donc traduire à la fois Luz a vingt ans et A vingt années-lumière. C'est un beau titre. Car du fait des événements pendant ces années sauvages et de l'histoire de ses origines, Luz vivait bien à vingt années-lumière au moins de la vérité.

Autre point intéressant de la discussion, lorsqu'Elsa Osorio rappelle que le texte est une histoire de personnes, c'est-à-dire écrite du point de vue d'êtres humains. L'auteure n'a pas fait spécifiquement de recherches pour écrire le texte, mais elle a travaillé à partir de ce qu'elle savait de cette période. Elle vivait elle-même en Argentine et était enceinte à cette époque. Dans le texte, elle met ainsi en avant les personnes et leurs émotions face à ce drame. Ce n'est pas un texte écrit d'un point de vue historique - même si c'est un témoignage -, ni idéologique, d'une idéologie contre une autre par exemple. Ce qui fait l'intérêt du texte, c'est justement le point de vue de personnes, d'êtres humains qui se demandent simplement comment on peut faire ça à des êtres humains, les tortures, les viols, l'arrachement des nouveaux nés à leur mère juste après l'accouchement et faire ainsi disparaître les gens du jour au lendemain sans la moindre explication pour les familles. Lorsque l'on fait abstraction de l'idéologie, il reste les êtres humains. On voit ainsi la compassion et, en regard, la haine sourde. Bref, l'auteure tient la question idéologique à distance et s'intéresse à la vie des gens pendant ces années sauvages.

Elsa Osorio - TangoLe lecteur comprend que, d'un côté certains jeunes sont influencés par des courants d'extrême gauche ; et que, de l'autre côté prenant prétexte de mener une guerre de l'intérieur, une guerre sale la junte militaire satisfait des intérêts privés en volant des nouveaux nés, des biens, de l'argent et peut-être aussi en laissant libre cours à sa barbarie. Par exemple, l'argument selon lequel « cette guerre n'est pas contre les enfants » invoqué pour prendre les nouveaux nés à leur famille ne trompe personne. Et le texte en montre bien l'hypocrisie. Dans le roman, deux familles convoitent le bébé de Liliana. La junte militaire prend ainsi prétexte d'une guerre contre un ennemi invisible, le communisme, pour servir des intérêts privés.

Enfin, Elsa Osorio décrit l'atmosphère pendant cette période où les facs de lettres, les facs de sciences sociales et politiques étaient désertées, où l'on ne lisait pas, où l'on ne se regroupait pas en public de peur de disparaître, où l'on discutait peu.

La discussion se termine sur le thème du tango. Le tango est le personnage principal et narrateur du roman Tango. On apprend aussi qu'il y a deux universités de tangos en Argentine pour enseigner la culture tango. L'auteure est apparemment aussi sceptique que les lecteurs... Un peu délaissé par le passé, il semble que le tango redevienne à la mode en Argentine. D'ailleurs l'auteure est elle-même danseuse de tango.

Les lecteurs apprennent enfin que l'auteure anime des ateliers d'écriture à Madrid et à Buenos Aires, que depuis quelques années elle est revenue s'installer en Argentine et qu'elle vit actuellement entre Madrid et Buenos Aires.

Puis ce fut séance de dédicace pour tout le monde et vous savez maintenant presque tout de la rencontre avec Elsa Osorio. Merci à elle et merci à son éditeur.

Pour compléter, les photos de la soirée sont visibles en suivant le lien Elsa Osorio, Luz ou le temps sauvage : Photos.

Elsa Osorio dédicace

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