Editions Sulliver et Anne Vernet, La Seconde Chance
Mercredi 2 décembre, rencontre avec les éditions Sulliver et Anne Vernet, auteure de La Seconde Chance, à la librairie La Lucarne des Écrivains.
Des lecteurs clairsemés occupent les chaises ordonnées, bien alignées devant une estrade où l'auteure, Anne Vernet, et Armel Louis, le libraire, sont attablés. Ce soir, quatre livres des éditions Sulliver sont présentés, Conquête du désastre et Homeless Story de FP Mény, Insurrection du verbe être d'André Bonmort et La Seconde Chance d'Anne Vernet.
Insurrection du verbe être. Avec ce texte, l'auteur est devenu éditeur de la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver. Ce sont de courts passages qui à travers espace et temps explorent le monde. Les lecteurs découvrent les pensées d'une jeune mayas avant son sacrifice, d'une prostituée, esclave vendue au marché, d'une fougère. Les textes sont plutôt réussis. Mais à l'issue de la lecture, un homme âgé parmi les lecteurs se révolte
. La réalité n'est pas la naïveté de Woodstock, l'horreur de Nagazaky ou de la Shoah ! Il y existe de belles choses aussi dans le monde. Pourquoi toujours écrire sur les horreurs et le laid ? Alors que le lecteur s'énerve tout seul, un autre lecteur – j'apprendrai plus tard qu'il est bibliothécaire – s'en mêle et prend parti pour le texte. Le libraire fait remarquer qu'il n'a lu que quelques extraits et que le passage de la fougère est plutôt sympathique...
Isabelle Dubois, l'éditrice, présente FP Mény. Né dans une famille compliquée – trafic de drogue, divorce, etc. – l'auteur finira par claquer la porte et couper les ponts. Dans Homeless Story d'ailleurs il reviendra sur son histoire familiale et règlera ses comptes. En attendant, il se déplace à vélo, se réfugie dans les bibliothèques pour lire, dors dehors et écrit inlassablement. Beau gosse et ne manquant pas d'humour, il est aussi hébergé par ses amies. Il griffonne sur du papier ou écrit à partir d'un ordinateur lorsqu'il en a l'occasion. Et son éditrice reçoit ainsi de longs messages à la suite qui sont des torrents de mots, et pour ne rien dire parfois. Il fréquente les milieux littéraires, les festivals et participe à la revue Mortibus. Il est publié pour la première fois par un éditeur québécois en 2005. C'est pendant les orages de juin 2008 qu'on le retrouve mort suit à un arrêt cardiaque dans la grange où il avait trouvé refuge. Il n'a pas de papiers sur lui et le seul numéro retrouvé est celui de son éditeur.
À tour de rôle, Anne et Armel lisent Homeless Story. Long monologue fait d'images et d'impressions diverses, décousues où en filigrane se dessine la vie de bohème. À l'issue de la lecture, le monsieur aux chevaux blancs coiffés d'une casquette de marin reprend la parole. Arguant qu' on est là pour discuter, c'est bien ça ?
, il se lance dans une longue tirade contre le texte et pour la défense du beau
, invoquant entre autres Alfred de Musset ! (Désolé, il a été empêché et n'a pas pu venir.) Le texte est selon lui un fatras à l'image des œuvres accrochées aux murs – collages d'images – et il n'a pas de sens. Rebelote, le bibliothécaire s'en mêle. Le libraire tente de calmer les esprits en faisant remarquer au vieil homme, et c'est bien compréhensible, que visiblement celui-ci n'aime pas ce genre de texte. Aussi commence-t-il à lire un passage d'un texte antérieur de FP Mény écrit d'une façon plus conventionnelle, La Conquête du désastre. Dans celui-ci des écrivains contemporains apparaissent preuve, s'il en était besoin, que l'auteur s'y connait quand même un peu en matière de littérature. Mais le vieil homme n'en démord pas. Il s'énerve tout seul – le bibliothécaire l'aide un peu quand même – et le ton monte encore. Finalement, très remonté le vieil homme à la casquette de marin se dresse : Puisque c'est comme ça, hein, et bien je m'en vais !
Faisant mine partir, il disparait derrière les rayons. Mais rapidement il revient sur ses pas et fonds sur le bibliothécaire. Courbé au-dessus de celui-ci, le désignant d'un doigt accusateur, le regardant droit dans les yeux, la voix chevrotante : Et vous, hein, vous avez de la chance. A une autre époque, hein, c'est au sabre dans un pré que l'affaire se serait réglée, hein !
À quoi mène la littérature - même sans prétentions - quand même !
Puis, vient le moment pour Anne Vernet, auteure de La Seconde Chance, de présenter et de lire des extraits de son texte. La Seconde Chance est un roman d'anticipation. L'histoire n'est pas évidente à résumer aussi je reproduis le quatrième de couverture :
Nous sommes en 2091. Après un cataclysme écologique et deux guerres révolutionnaires avortées, la mondialisation est enfin achevée, les règles clairement affichées : « Toute communauté se partage entre l’élite et la multitude. La première se compose des créateurs de richesses et gens éclairés, la seconde de la masse du peuple. »
Quand on sait que ce texte de Hamilton a effectivement servi… au XVIIIe siècle, à jeter les bases des États-Unis d’Amérique, on mesure combien le monde inventé par Anne Vernet plonge ses racines dans le nôtre, dont il constitue une satire décapante. (…) Ce monde de 2091, qui s’est brutalement effondré, est reconstitué à partir de fragments par un historien vivant en 2168.
La Seconde Chance est une fiction ambitieuse, totale qui traite de la globalisation, d'écologie, de géologie, de géographie, d'histoire, d'économie, de politique, etc. L'auteure en lit deux beaux extraits. Pour vous faire une idée, vous pouvez lire le premier en suivant le lien Le point de hasard.
Anne Vernet dédicace quelques livres et les lecteurs se retrouvent pour boire un verre offert par le libraire. On plaisante sur le vieil homme et on remarque qu'il y en a toujours un ou une comme ça. On discute aussi avec l'éditrice aussi, Isabelle Dubois. Comme nous sommes dans une librairie, la discussion roule sur les libraires. Apparemment, certains ou certaines auraient leur caractère. Apparemment toujours, certains clients adoreraient se faire jeter par leur libraire ! Merci pour les autres... C'est le petit « plus ». Je me risque à suggérer que, ma foi, c'est qu'ils lisent beaucoup ces libraires... Plusieurs personnes semblent dubitatives, voire sceptiques, pour ne pas dire en désaccord. Disons que certains libraires lisent beaucoup. Et le bibliothécaire de s'exclamer : Ils n'ont qu'à lire Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ! De...
Je cherche moi aussi. Bayard
, je dis. Oui, c'est ça, Pierre Bayard ! On l'a à la bibliothèque.
Une fois de plus, je fais remarquer que le titre est trompeur ; c'est surtout une réflexion sur la lecture, sur ce que signifie avoir lu un livre
. Car en une ou deux questions, on sait si une personne a réellement lu un livre. Et pour vérifier si quelqu'un a vraiment lu un livre, il n'est d'ailleurs point besoin de l'avoir lu soi-même. Il suffit de bluffer et d'inventer n'importe quoi de crédible à propos du livre. Le bibliothécaire me regarde perplexe : Je ne sais pas, je ne l'ai pas lu...
Bon, quoi qu'il en soit ce livre est très drôle, amusant et même ludique. Surtout lorsqu'on discute entre lecteurs !
Mais c'est l'heure d'y aller et je repars avec Conquête du désastre dans la poche - car je suis passé par la caisse entre temps - histoire de voir par moi même. Merci à la librairie La Lucarne des Écrivains et aux éditions Sulliver pour la soirée.
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