| 18 Janvier 2010
Elle pliait et dépliait ses doigts. Les yeux perdus sur la ligne d'horizon. La plage était désertée. Trop de vagues. Océan trop sale. Ou autre chose.
Elle se tourna un peu. J'avais osé tousser. Puis elle reprit son observation.
Il est encore là
, murmura-t-elle en aparté. Assis sur le même rocher. Comme les jours précédents. Toujours à la même heure. Et comme les jours précédents, à la même heure, elle était venue s'asseoir là pour l'observer. De loin. D'assez loin pour qu'il ne demeurât qu'une silhouette.
J'allais me lever, mais elle m'ordonna de ne pas bouger. Ton cassant. Peut-être imaginait-elle que le moindre mouvement le ferait fuir.
*
Des nuages rasaient les flots au large. Un bloc de ténèbres parcouru d'éclairs. La chaleur était étouffante, mais ne semblait pas la déranger. Elle pliait et dépliait ses doigts. Elle l'observait. Elle voulait que je sois là pour l'observer, elle, l'observant. J'ignorais pourquoi. C'était le jeu sérieux qu'elle avait choisi d'inventer et auquel il ne m'était pas permis de me soustraire. (...)
Jean-Christophe Heckers (16 pages)
Presque Rien, Jean-Christophe Heckers (pdf) (308.57 KB)





